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November 25, 2008

Etats-généraux

Filed under: Networks / Common(s) — Crosswords Print Issue @ 11:10

La défiance devenue « constitutionnelle » en France à l’égard de tout communautarisme fait mémoire des « guerres de religion ». La nation peut bien s’affirmer « une et indivisible », cela marque la crainte de divisions ouvertes. Une période incertaine s’ouvre en mai 1789 avec la réunion des États-généraux. Les députés du tiers-état, réunis dans la grande salle de Versailles, exigent des autres ordres – la noblesse et le clergé – qu’ils se joignent à lui pour former l’assemblée nationale. Ces moments sont dramatiques. Si l’un des ordres (la noblesse) pouvait se former en un corps indépendamment des autres, les manoeuvres politiciennes de la Cour auraient tout loisir d’influer sur les événements. A rebours, si le tiers, par sa seule inertie manifeste son unité, le ralliement de certains représentants du clergé assurera sa suprématie : la noblesse deviendra une composante minoritaire. Le roi tenta de dissoudre cette unité potentielle. Réponse immédiate, le Serment du Jeu de Paume marque le début de la Révolution en postulant une fiction juridique. Face aux clivages hérités. L’unité nationale est le produit du décompte égalisateur des voix. La révolution mettra des années pour admettre le caractère indépassable des divisions partisanes. Moment de grâce de l’unité, la Fête de la Fédération (14 juillet 1790) fait bientôt place aux intrigues de la Cour, aux controverses des clubs…

Il fallait abaisser la noblesse pour financer l’État. Son abolition mobilisa les citoyens durant un siècle. Quoi ? Combien ? Comment ? Ces questions s’inversent. A quoi s’expose une collectivité (trop) déliée ? Au mythe de l’unité succèdent les exercices : Bonapartisme ? Guerre civile ? La politique s’ingénie à conjuguer la pluralité. Le paradoxe tient alors au fait que la production commune repose sur l’abstraction des différences. Devenir commun sans identifier de singularité, c’est ce que nous comprenons des colonies d’insectes. Décomposer ce qui tient à part est donc l’acte constitutionnel même ! Pas de société, selon Claude Lévi-Strauss, sans cette assomption de différences coengendrées. Sexes, lieux, âges, métiers, langues… L’étonnement de la « pluriversalité » fait le quotidien de notre attention à la vie. Faire vivre en nous la « réserve », accepter des empiètements partiels, régler la distance, composer nos humeurs, tout un ballet en somme pour marquer les espaces de jeu qui préservent la communauté de devenir une unité d’inféodation. Toujours à refaire.

A contribution to the Crosswords print issue by Gérard Wormser for Sens public, Lyon/France

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