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December 20, 2008

La Commune

Filed under: Networks / Common(s) — Crosswords Print Issue @ 12:00

Entre les théories du pouvoir et les processus constituant du commun se dessine une ligne de fracture. De ce rapport de forces découle selon nous le processus même de création du commun. Pour les théories du pouvoir, il manque à la loi naturelle l’autorité commune à laquelle supplée le corps social. La possibilité du commun, selon leurs termes, est déterminé par la soumission à l’autorité conférant au corps social les moyens de poursuivre ses fins. Le commun signifie alors déficit d’autonomie politique dont les communautés ne se sont jamais satisfait, fût-ce même par nécessités politicophilosophique, historique et conjoncturelle. Pour les communautés, le commun se définit comme l’organisation nécessaire à l’administration des intérêts qui leur sont propres et se formalise dans une expression institutionnelle appropriée en dehors de toute considération de territoire, d’ethnie et de droit naturel. A ce titre le commun est fédérateur et progressiste, souvent dans les intentions, parfois aussi dans les actes, mais presque toujours en opposition. A la question: «Combien de commun dans la communauté ?» nous pourrions répondre par une mesure d’ intensité de processus et de capacité de mise en oeuvre politique, sociale, culturelle et institutionnelle.

La «Commune» en Europe s’est imposée comme la forme institutionnelle appropriée à la création du Commun contre les oligarchies, et comme l’expression de la volonté de la multitude à l’origine des sociétés politiques. La production du Commun a revêtu des expressions politiques et sociales allant des Communes bourgeoises des cantons suisses, en passant par les protestations libertaires du communalisme médiéval, aux fondements de la démocratie des futurs États-Unis d’Amérique. Aux 18ème et 19ème siècles en Europe la revendication égalitariste contre l’oligarchie et ses institutions prendra des expressions révolutionnaires que le 20ème siècle identifiera comme des préfigurations des révolutions modernes. En 1871 à Paris, la Commune exprima la double opposition des franchises communales portées par les classes moyennes et du Programme libertaire-socialiste du 19 avril, face au gouvernement légal de l’Ordre social. La Commune paya du massacre de plus de 50000 parisiens l’utopie de «faire périr le gouvernement par la société», de résorber le système politique dans le mouvement constituant du Commun.

Si, comme il semble, la construction du commun tel qu’on le rêve se mesure au travers d’une certaine intensité de rapports de forces, quel commun aujourd’hui dans l’espace mondialisé fait sens ? Comment créer du commun dans une communauté-monde pour lever les exclusions, les murs, les frontières dé-limitant les communautés dans leur expression ? Répondre à cette question, c’est dessiner pour beaucoup d’entre nous un projet éditorial, culturel où le commun fait part belle aux langues et aux cultures minoritaires. C’est «Chercher comment ça résiste ? Comment faire que ça résiste mieux ? Comment faire exploser les fausses alternatives où l’on enferme nos «choix» (marché ou État, liberté ou égalité, libéralisme ou anti-libéralisme, peuple ou multitude, Coke ou Pepsi) ? Penser pour déjouer les paradigmes, pour dérouter le binaire, pour fragmenter le molaire (pour attaquer ses propres certitudes passées). Penser pour tracer des diagonales, pour transversaliser. Penser pour inventer : pour découvrir du nouveau, pour frayer de l’inédit, pour imaginer de l’inouï. Lancer des idées (folles), insérer des germes (incontrôlés), diffuser des virus (de problématisation)» …

A contribution to the Crosswords print issue by Gérard Doublet for Multitudes, Paris/France

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