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The exodus begins at the street corner

By ANNE QUERRIEN

When you live in the city, how can you reach a free world? Where can you gaze at the stars and where do you find the room to breathe ? How do you resist the grey oppression, the merging into the identical, the squashing of difference, suffocation in a house or a flat. You go down to the street, go as far as the corner, and you wait. Others do much the same. As W.F. White has shown in relation to the Italians of Boston in 1943, the society of the street corner inspires fear, it belongs to the immigrant neigbourhood. Ordinary people do not have a need for a gathering point; on the street corner, they will turn or cross over, they have nothing unknown to wait for, they know where they are going. Immigrants go there to wait for an opportunity to present itself, to regroup, to guage this moment together, to pass on hints, or to leave the group to pursue a more personal adventure. The street corner is where you find ‘the gang’, literally, those who wait for nothing, the band. (more…)

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Se mettre en traduction

Par RADA IVEKOVIC

Pour CROSSWORDS et le congrès Eurozine 2008

Aucun doute sur le fait que la langue de l’Europe, comme toute langue au fond, est la traduction, et que les langues se portent et s’accueillent l’une l’autre. Le multilinguisme, avant d’être l’accès à plusieurs langues (mais qui n’a pas accès à plusieurs langues ? Dès qu’il y a langue, elles sont multiples), est l’accueil d’une langue par une autre et le fait que les langues se traversent. (more…)

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Inventer le commun des hommes

Par JUDITH REVEL et TONI NEGRI

1. Partons d’un constat très simple, puisqu’il est parfois plus facile de raisonner en commençant par la fin : nous vivons aujourd’hui dans un monde où produire est devenu un acte commun. Certains d’entre nous ont encore en tête des pans entiers d’analyses foucaldiennes sur la double tenaille que l’industrialisation impose aux corps et aux têtes des hommes à partir de la fin du XVIIIe siècle : d’une part, l’individualisation, la séparation, la désubjectivation, le dressage de chaque individu – réduit à être une unité productive en forme de monade, sans porte ni fenêtres, entièrement désarticulé et réarticulé en fonction des exigences du rendement et de la maximalisation des profits ; de l’autre, la mise en série de ces monades productives, leur massification, leur constitution en population indifférenciée, leur caractère interchangeable aussi, puisque le gris partout équivaut au gris et qu’un corps dressé en vaut un autre. Individualisation, sérialisation – tenaille bénie du capitalisme industriel, merveille d’une rationalité politique qui n’hésite pas à dédoubler ses procédés de contrôle et de gestion, à mordre dans la chair de l’individu qu’elle vient de façonner à son image et à encadrer des populations qu’elle s’invente, pour asseoir définitivement son pouvoir sur la vie et en exploiter la puissance. Certains, donc, reliront Surveiller et Punir. (more…)