« Il ne suffit pas d’affirmer que la vérité est nomade, encore faut-il créer les conditions pour que sa mise en mouvement puisse se produire » : Entretien autour de la revue ATOPIA avec Emmanuel Alloa
Propos recueillis par MATHILDE GIRARD pour Drôle d’epoque.
Mathilde Girard : Avec « Opus Communis », Atopia réalise son dixième numéro en ligne. Ce numéro permet, par le biais de différents textes autour de Maurice Blanchot et de la Revue Internationale, de revenir sur le travail de votre revue, et le choix de son support.
J’aimerais d’abord que tu reviennes sur les origines d’Atopia. Comment le projet de cette revue a-t-il vu le jour ? Étais-tu présent lors de sa constitution ? Dans quelles perspectives fut-elle pensée ?
Emmanuel Alloa : La naissance d’ATOPIA a été un long processus qui a débuté autour de l’an 2000. Contrairement à ce qui se passe souvent lorsque naît une revue, il n’y avait pas à l’origine de ce projet un groupe qui aurait chercher à se doter d’un organe de diffusion. C’étaient plutôt des discussions éparses, menées entre plusieurs personnes à différents moments et en différents lieux en Europe. Ce qui rassemblait cette non-communauté, c’était avant tout un constat : de nouveaux cloisonnements étaient en train de se produire, un renfermement des savoirs au sein d’institutions universitaires et de ses publications était en cours, tandis que les revues critiques, qui avaient longtemps joué un rôle de relais, se voyaient contraintes à se soumettre aux règles de la diffusion médiatique ou à passer dans une sorte de semi-clandestinité. (more…)